Il y aura 3 ans dans quelques jours, une explosion due à une fuite de gaz détruisait l’un des deux pavillons symétriques qui encadrent le parvis de l’église du Val de Grace, rue Saint-Jacques à Paris. Outre la destruction de ce bâtiment du XVIIe siècle, l’explosion causa la mort de trois personnes, des blessures graves à plusieurs autres, des dommages importants aux immeubles voisins, dont certains demeurent inhabitables encore aujourd’hui, ainsi qu’aux vitraux, à l’orgue et au baldaquin de l’église,
Mardi dernier, j’ai assisté à une réunion de l’association qu’ont fondée les victimes de ce sinistre et ce que j’en ai appris est effarant :
1- Trois ans après le sinistre, aucune enquête technique n’a encore été diligentée par le juge d’instruction.
2- Lors de l’enquête de flagrance menée dans les jours qui ont suivi l’explosion, les très nombreux travaux qui étaient en cours dans le quartier (Chauffage urbain, gaz, électricité, voirie Hidalgo…) n’ont pas été relevés.
3- La juge d’instruction, contrairement à sa promesse, n’a rencontré ni les victimes ni leur association.
4- Aucune autre enquête technique relative à la recherche des causes (et donc des responsabilités) n’a été menée.
D’un côté :
— trois morts, plusieurs blessés graves, de dix à vingt millions de dommages matériels, des dommages corporels inchiffrables pour le moment, un lieu historique et classé défiguré.
Et de l’autre :
— une enquête de flagrance déficiente, pas d’expertise judiciaire au pénal, une juge d’instruction inactive, au mieux silencieuse.
Par mon métier, j’ai eu à connaitre de plusieurs dizaines de sinistres, incendie ou explosion, plus importants que celui-ci. Heureusement, tous n’avaient pas causés de victimes et seulement certains d’entre eux ont nécessité une expertise judiciaire pour en déterminer les causes, circonstances et responsabilités encourues. Il est vrai qu’il s’agissait d’expertises judiciaires « au civil », mais jamais un Tribunal de Grande Instance ne se serait permis d’attendre trois ans (et probablement davantage) avant de prier un expert judiciaire de procéder à ses opérations.
On imagine combien trois ans d’intempéries sur les ruines du bâtiment sinistré ont pu altérer les lieux et compliquer la future recherche des indices dans les vestiges.
On imagine aussi à quel point l’absence de collationnement de témoignages ou de documents sur les nombreux travaux d’excavation de chaussée qui étaient alors en cours dans le voisinage pourra, au bout de trois années ou plus, modifier ou même faire disparaitre les témoignages et les documents de travaux qui auraient été utiles pour la découverte de la vérité.
Au coin d’une expertise judiciaire, on m’a rapporté un jour cet adage selon lequel « le pénal tient le civil en l’état ». C’est bien dommage, car sans cette règle, qui a dû être justifiée à un moment ou à un autre mais qui devant de tels délais devient scandaleuse, il y a longtemps qu’une expertise judiciaire « au civil » aurait été entamée et probablement même achevée.
Mais on me dit que ce n’est plus vrai ! Et depuis bientôt vingt ans !
Mais alors, mais alors ? Qu’est-ce qu’on attend ?
On trouvera ci dessous mon article précédent sur le sujet.
L’explosion du 21 juin 2023 au 277 de la rue Saint Jacques à Paris 5ème a fait trois morts et des dizaines de blessés.
Quatre photographies prises 1)avant l’explosion, 2)pendant l’incendie qui s’en est suivi, 3)quelques jours plus tard et enfin, 4)deux ans après l’explosion.



Outre les dommages corporels aux victimes décédées ou blessées, des dommages matériels importants ont été causés au voisinage.
Dans les jours et les mois qui ont suivi le sinistre, les réparations des dommages les moins graves ont été effectuées et les décombres ont été sécurisés derrière une palissade, mais l’immeuble du 292 de la rue, qui fait face au siège de l’explosion, est demeuré inhabitable pendant près de deux ans.
Les rares articles de presse, dont le plus récent remonte à juin de cette année, ne mentionnent aucun progrès dans l’enquête sur les causes du sinistre. Habitant du quartier, je n’ai jamais vu ou même entendu parler de déplacement d’un Expert ou plusieurs Experts judiciaires, encore moins de fouilles dans les décombres. Il est donc très probable qu’elle n’ait pas encore commencé.
On ne parle pas davantage, et pour cause, de la reconstruction de ce bâtiment classé du XVII siècle.
En attendant que la justice de prononce sur les responsabilités, celles des victimes qui étaient personnellement mal assurées ou même non assurées n’ont toujours pas été indemnisées.
Le Bourget