Trois cafés (10)

(…) — Des affaires… des affaires de toutes sortes, mais essentiellement des affaires confidentielles. Tu comprendras certainement sûrement que je ne puisse en dire davantage. Mais assez parlé de moi. Parlons de toi à présent si tu veux bien. Que fais-tu dans la vie, mon ami ?
Je vois Cottard qui se rengorge immédiatement et déclare, faussement modeste
— Je suis Contrôleur Général Adjoint des Poids et Mesures à la Mairie de Paris.
— Fichtre ! dit Trois-cafés d’un ton admiratif. Contrôleur Général ! Ça n’est pas rien, ça !

Là, faut encore que j’ouvre une parenthèse. Il en a plein la bouche, Cottard, de son « Contrôleur Général adjoint des Poids et Mesures ». C’est vrai que ça ronfle bien comme titre. Mais moi, je sais ce qu’il y a derrière. Et derrière, y a rien ! Rien, je vous dis ! Je le sais, parce qu’un jour qu’il avait un peu bu, Cottard m’en avait raconté pas mal et ça m’avait mis la puce à l’oreille, vous comprenez. Alors après, j’avais cherché sur internet et puis aussi, j’avais pu discuter avec Toussaint, le petit-neveu à Madame Françoise, qui m’en avait appris encore un peu plus. Parce que Toussaint, il travaille dans la même maison que Cottard : il est responsable de l’abri à vélo de la Marie, alors il sait des choses ; c’est pour ça. Il est marrant Toussaint, il dit tout le temps qu’il faudrait… Bon, c’est pas important. On s’en fiche. Mais après ça, je savais tout sur le boulot de Cottard ! J’explique : c’est vrai que Cottard est Contrôleur Général adjoint des Poids et Mesures. Vous vous y attendiez pas, à celle-là, pas vrai ? Vous pensiez qu’il se vantait. Eh ben non ! Cottard, là-dessus, il raconte pas de blague. Sérieux ! C’est pas tout neuf, le Service des Poids et Mesures de la Ville de Paris. Il a été créé en 1799 par Napoléon Bonaparte. Mais ce qui devient marrant, c’est quand on apprend, petit a, que le personnel du Service des Poids et Mesures de la Ville de Paris a été réduit à deux personnes, un Contrôleur Général et un Contrôleur Général adjoint, par le Gouvernement de De Gaulle en 45, et petit b, que le Service a été supprimé en 52 par le Gouvernement Pinay. Jusque-là, y a rien d’extraordinaire, vous me direz. Peut-être, mais le pas banal, c’est que le poste de Contrôleur Général de Poids et Mesures et celui de son adjoint n’ont jamais été supprimés ! Et depuis 52, Cottard est le troisième à occuper le poste de Contrôleur Général adjoint dans un service qui n’existe pas. Le dernier Contrôleur Général en titre a fini par mourir à la tâche il y a cinq ans. Il n’a jamais été remplacé. Ce qui fait qu’aujourd’hui Cottard a pour fonction d’être l’adjoint d’un Contrôleur Général complètement défunt dans un service qui n’a pas d’autre employé que lui-même et qui d’ailleurs n’existe plus depuis cinquante ans. Vous voyez d’ici la charge de travail ! C’est pour ça que Cottard arrive à son bureau — parce qu’il a quand même un bureau à la mairie, avec un téléphone, une plante verte et même un ordinateur ! — en même temps que tout le monde, vers neuf heures et demi dix heures et qu’il en repart vingt minutes plus tard en laissant sa veste ou son manteau sur son fauteuil pour qu’on croie qu’il est au WC ou en réunion. En dix minutes il est chez Georges pour s’installer à sa table habituelle — quand il me prend pas la mienne — et regarder BFM-TV en continu. Il dit qu’il TV-travaille. En général, vers trois heures, il retourne à l’Hôtel de Ville parce que c’est souvent à cette heure-là qu’il y a un pot de départ ou d’arrivée. Ensuite, il rentre directement chez lui et on ne le revoie chez Georges que le lendemain même heure.

Valait le coup, la parenthèse, pas vrai ? Vous saviez pas ça, hein !

A SUIVRE 

ET DEMAIN :
New York’s my home (2)

Les jeux de l’été : Quizz 2

Qu’est-ce qu’un ergastule ? 

A-Un pauvre type
B-Un renvoi alimentaire
C-Une prison romaine

*

Qui, découvrant l’océan, a dit : « Une telle quantité d’eau frise le ridicule ! »

A-Léon Marchand
B-Patrice de Mac-Mahon
C-Winston Churchill

*

Qui a dit « Si j’aurais su, j’aurais pas venu ! » ?

A-Petit Gibus
B-Petit Robert
C-Marie-Antoinette

*

Quel est le prénom du Docteur Cottard, personnage de A la Recherche du Temps perdu ?

A- Secondeux
B- Il n’a pas de prénom
C- Jules 

*

Où Orphée a-t-il perdu son Eurydice ?`

A-Au supermarché
B-Aux enfers
C-On ne sait pas et c’est justement pour ça qu’elle est perdue. 

*

ET DEMAIN :
Trois cafés, la suite

Trois cafés (9)

(...) Peut-être que le mot « connard » le définirait mieux, mais j’ai pris l’habitude de dire « con », alors « connard », ça me vient pas. Par contre, il est pas bête. Je veux dire qu’il observe les choses, qu’il analyse les gens et que finalement il sait des tas de trucs. Ça l’empêche pas d’agir comme un con, et parfois même, ça l’aide, mais il est pas bête. La preuve, c’est qu’à ce moment, j’avais la nette impression que lui et moi, sur Trois-cafés, on pensait pareil : on savait pas franchement à quoi s’en tenir.

Alors Cottard, tout con qu’il est et sans se lever de sa banquette, il s’est adressé haut et fort à Trois-cafés :

— Alors comme ça, Monsieur serait de la noblesse ? Pas prince, non, mais de la haute quand même. Moi, ça m’intéresserait de savoir à quelle hauteur il est ? Comte, Vicomte, Marquis ? Dites un peu pour voir.

— A quoi cela te servirait-il de le savoir, mon ami, a répondu Trois-cafés très à l’aise. Les titres de noblesse ne peuvent intéresser que ceux qui en portent. En conséquence, je doute fort que les miens puissent te passionner.

Et vlan pour le con de Cottard ! Mais l’autre a continué sur sa lancée :

— D’ailleurs, Prince, Duc, Marquis, quelle importance ? C’est l’homme qui compte, pas le titre. La vraie noblesse est dans le cœur, pas dans les armoiries. C’est ce que mon père, Dieu ait son âme, m’a appris. Je ne répondrai donc pas à ta question, que d’aucuns d’ailleurs pourraient trouver inconvenante.

— Hé là, hé là, doucement les basses ! Qu’est-ce que c’est que ces manières de traiter Continuer la lecture de Trois cafés (9)

Les jeux de l’été : Quizz 1

Quel est le nom du héros de l’Attrape-coeur ?

A-Rodrigo Tortilla
B-William Holden
C-Holden Caulfield

*

Quel est le prénom du Professeur Tournesol ?

A-Tryphon
B-Trirème
C-Pierre-Alexandre

*

Quel est le titre du dernier livre de Coutheillas ?

A-Go jump in the lake !
B-Go fuck yourself !
C-Go West !

*

Quel est le titre du journal qui emploie Spirou ? Continuer la lecture de Les jeux de l’été : Quizz 1

GO WEST ! Achetez le donc une fois pour toutes…

 …et qu’on n’en parle plus !

Si vous avez déjà lu Go West ! , vous n’avez rien d’autre à faire que d’en parler à vos amis et à vos ennemis, surtout s’ils sont plus nombreux. Vous pourrez également déposer sur le site d’Amazon un avis sincère mais élogieux.

Si vous n’avez pas encore lu Go West !, dépêchez-vous de le faire avant la rentrée, sinon vous ne serez pas en mesure de briller en société en répondant aux questions existentielles suivantes, ce qui serait quand même gênant : 

    • Existait-il des couchettes à la place des racks à bagages dans les avions de la Flying Tiger Line ? 
    • La fille du Cove Creek Motor Inn a-t-elle réellement frappé la première ? 
    • A-t-elle porté plainte, et si oui, qu’a fait la police ? 
    • Voyager aux USA à l’arrière d’un autocar Greyhound était-il passible d’une simple amende ou d’une peine de prison ? 
    • Le Grand Canyon est-il si grand que ça, ou est-ce une exagération de plus du Narrateur ? 
    • Pourquoi les conducteurs d’autocars en Amérique se déguisent-ils en commandants de Boeing 707 ?
    • Qu’est-ce que J. Edgar Hoover Continuer la lecture de GO WEST ! Achetez le donc une fois pour toutes…

Trois cafés (8)

(…) Maintenant, elle avait l’air de regretter amèrement de n’avoir pas connu Albane, Madame Françoise. Ça avait mis fin à une conversation qui commençait si bien ! Alors elle a tenté un « mais qu’est-ce qui lui est arrivé à cette pauvre demoiselle ? », mais ça n’a pas marché.
— Eh bien, voyez-vous…, a commencé Trois-cafés, ce qui a rempli d’espoir Madame Françoise en même temps que le reste de l’assistance. Mais il s’est ravisé aussitôt :
— Non, je ne peux pas… C’est trop douloureux…
Trois-cafés a avalé d’un coup son deuxième café et s’est plongé dans la contemplation de la Cimbali M-2000.

Pendant ce temps, Georges essuyait le zinc autour des trois tasses avec insistance, Madame Françoise qui s’était levée s’approchait de Trois-cafés avec hésitation, Dumoulot observait la scène d’un œil rond (on aurait dit une poule qu’aurait trouvé un couteau), ce con de Cottard regardait la télévision et moi, je regardais tout le monde. La tension était à son maximum. Qu’est-ce qu’il avait voulu dire avec son « elle a pas eu de chance dans la vie, Albane de Lavérendières » ? Comme c’était parti, moi j’étais persuadé qu’il allait nous sortir un truc genre « elle est tombée de cheval pendant une chasse à courre, du coup elle est restée paralysée » ou « elle a eu un enfant d’un vendeur de voitures à la sauvette, alors maintenant elle fait des ménages » ou « elle a péri dans l’incendie du château familial » ou « elle a rencontré un Argentin et depuis, elle fait le trottoir à Montevideo ? » Mais il disait rien, Trois-cafés, perdu dans ses pensées. Le silence était intenable, et c’est Georges qu’a craqué en premier : Continuer la lecture de Trois cafés (8)

Ne jamais dire fontaine

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FONTAINE DE JOUVENCE

La fontaine Carpeaux…
C’est ici que je veux mourir,
Sur un banc raide et vert, le dos au soleil, les pieds à l’ombre,
Entre le bruit de l’eau et celui de l’autobus 38.
Il sera presque midi, il fera frais, il fera beau,
De petites bourrasques apporteront des poussières de conversation.
J’aurai les yeux fixés sur le corps vert de l’Europe.
Ce sera l’heure où seuls le sein droit et l’arrondi de la hanche seront éclairés par le soleil.
Trois étrangers passeront lentement, regardant les corps luisants des hippocampes.
Ce sera l’heure où les enfants de la rue d’Assas traversent le square en traînant des pieds pour faire lever la poussière.
Le plus brave, monté sur la margelle, fera l’avion qui décolle en écartant les bras.
Je m’allongerai sur le banc raide et vert et fermerai les yeux.

Le Masque, c’est fini

Je ne dirai pas que Le Masque et la Plume a formé mon goût du cinéma. ( À propos, faut-il écrire « a formé » ou « ont formé » ? On s’en fout ? Ah bon ! ) Je ne le dirai pas car ce goût était né dès ma douzième ou treizième année. Le Masque, car c’est comme cela que je vais le désigner dans la suite pour nous gagner du temps à tous, Le Masque, donc, a été créé en 1955, mais je ne l’ai découvert qu’un ou deux ans plus tard. J’ai déjà raconté, je crois, les circonstances dans lesquelles je l’écoutais à ses débuts. Je dis « je crois », mais je suis loin d’en être certain, ma mémoire me faisant défaut de plus en plus comme j’ai eu l’occasion de vous le dire, et cela plusieurs fois, j’en suis sûr. Mais si je dis « je crois », c’est aussi pour m’excuser par avance Continuer la lecture de Le Masque, c’est fini

J’écris des mots

J’écris des mots. Ça fait maintenant dix-sept ans que j’écris des mots, régulièrement, tout le temps, partout, le matin dans les cafés, l’après-midi dans les jardins, le soir chez moi… J’écris des petites chroniques d’humeur, des critiques de cinéma, de théâtre et de littérature ; j’écris des histoires courtes, quelques pages, des nouvelles, un peu plus longues, et même des romans, trois courts et deux de bonne longueur. J’ai même deux longs inachevés dans mes tiroirs. Depuis treize ans, je fais paraître tous ces écrits sous forme de feuilleton dans ce blog, Le Journal des Coutheillas.  Ensuite, ils paraissent en livre broché et en format Kindle chez Amazon. Pour y accéder, tapez seulement « Philippe Coutheillas » dans la case « recherche » d’Amazon.fr

Blind dinner
Un « Blind dinner », c’est un dîner un peu particulier dans lequel les invités ne se connaissent pas. Dans les beaux quartiers, c’est très à la mode. Renée, la maitresse de maison, trouve cela très chic et parfois follement drôle.  Mais ce soir là, quand on a commencé à parler d’un mystérieux virus venant de Chine, le diner a vite tourné au vinaigre.

LA MITRO et autres drôles d’histoires
C’est un recueil de nouvelles qui porte le titre de la première d’entre elles. Assez inspirée par Marcel Pagnol, il faut la lire avec l’accent. Les autres nouvelles revisitent aussi bien l’assassinat de Jules César que les jeux télévisés, les petits meurtres sans importance, l’effet papillon ou la manière d’accéder au Paradis.

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