Journal intime – 8 décembre 2012

Depuis  mon lit de Champ de Faye.

Hier, il a neigé une bonne partie de la nuit. Le matin, tout blanc d’une neige mouillée.

Une promenade avec Sari, très vivifiante, dans le froid et le blanc. Ma chienne retrouve un peu de jeunesse, comme je le ferais peut-être si je chaussais un jour à nouveau les skis.

Croisé le fils Coupy, qui pissait au vent sans me voir. Il s’est rajusté, pas vraiment gêné. Nous entamons une conversation, plus longue que d’habitude, sur la neige, la beauté du paysage. Je m’aperçois qu’avec sa tenue de chasse culottée, sa casquette fourrée, ses bottes marron et sa moustache grisonnante, il est magnifique. Mais je n’ose pas lui demander de se laisser prendre en photo. Comme le chien des voisins, Farenheit, suit Sari avec obstination au cours de mes promenades, il en vient à se plaindre du comportement des chiens laissés en liberté.
Les chasseurs et les agriculteurs n’aiment pas beaucoup que ces chiens vagabondent en toute liberté au milieu des bois, des champs et du gibier. Ils n’aiment pas beaucoup non plus la réaction des propriétaires de ces chiens, généralement des rurbains, qui, pour la plupart et sans même s’en rendre compte, méprisent les paysans sans tenir compte de leurs habitudes ou de leurs besoins. Ils se considèrent comme les gardiens de la nature, sans formation ou expérience pour ça.

Je n’ai toujours pas digéré le projet de ce chemin récupéré sur une haie. Il ne va nulle part en démarrant de nulle part. Sa remise en état effectuée par une association, qui sera sans doute éphémère, a nécessité la suppression d’une épaisse haie sur 5 ou 600 mètres. Le débroussaillage ayant été mal fait, les souches et les nouvelles pousses rendent le chemin impraticable, les traces de feu, les vestiges des objets — bidons déformés, armatures métalliques de pneus calcinées, bouteilles brisées— qui ont été utilisés pour l’allumer marquent le paysage. Nous avons maintenant une vue (et une ouie) directe sur la grand-route. Ce sont généralement les mêmes personnes qui parsèment la campagne d’abris improvisés pour leurs chevaux, de tentes multicolores pour leurs déjeuners, de piscines molles et d’agrès agressifs pour leurs enfants.

L’Univers fait des progrès


Attention, ne vous y trompez pas, ceci n’est pas un article de vulgarisation, c’est juste le recueil de quelques faits avérés qui vous permettront de briller en société (mais pas bien longtemps).

Il y a cinquante ans :
— on avait calculé que l’Univers avait 13 milliards d’années.
— on estimait le nombre de galaxies à une bonne centaine de milliards.
— on pensait que toute la matière contenue dans l’Univers était constituée d’atomes, molécules, protons, neutrons, quarks, gluons, photons… et que tout ça n’avait plus de secret pour nous.

Mais aujourd’hui :
— on donne à l’Univers Continuer la lecture de L’Univers fait des progrès

Vrac n°9

L.A.
On ne voit personne à Los Angeles. Vous vivez dans votre voiture et votre appartement et vous ne rencontrez vos connaissances que si vous êtes arrêté au même feu rouge.
Dès qu’il passe au vert, vous perdez leurs traces !
Billy Wider, interview – 1979

Porte-bonheur
En ramassant un trèfle à quatre feuilles, il se bloque le dos et se luxe l’épaule.
Le Gorafi

Conseil à Sainte-Beuve
Faites confiance à l’œuvre, ne faites pas confiance à l’auteur.
Critique anonyme

 Les informés
Ceux qui n’ignorent rien, ceux qui doutent de tout,
Ceux qui flattent le roi, ceux Continuer la lecture de Vrac n°9

Sologne du Grand Meaulnes

 Il arriva chez nous un dimanche de novembre 1974 …

La Sologne imaginaire du Grand Meaulnes est entrée dans ma vie un dimanche d’automne et ne m’a plus jamais quitté. Ce pays longtemps rêvé, je l’ai bien connu et j’ai maintes fois parcouru jusqu’au soir tombé les allées sombres de ma Sologne. J’ai vu les étangs gelés couverts de brume et l’envol bruyant des canards sauvages, j’ai attendu immobile le passage des grands gibiers et je fus souvent récompensé, j’ai entendu geindre les grands arbres aux tempêtes de la mauvaise saison, je me suis perdu au plus profond des fourrés et j’ai enfoncé mes bottes, tel un gamin désobéissant, dans les chemins inondés de pluie. Je suis parti mille fois pour une aventure toujours différente où Continuer la lecture de Sologne du Grand Meaulnes

Journal intime – 5 décembre 2012

Vu Shane à la télévision ce soir. J’aime ce film naïf, si loin des westerns italiens qui ont détruit le genre. Je l’ai vu quand j’avais 12 ans. Il a créé non seulement un genre, mais aussi quelques archétypes, le plus résistant et le plus remarquable d’entre eux étant le “hired gun“, joué par Jack Palance.

A revoir ce film, je deviens beaucoup plus indulgent envers Alan Ladd qui, finalement, a été un bon acteur. Le plus solide me parait quand même être Van Heflin, le brave fermier courageux qui ne veut pas quitter sa terre, même sous la menace du méchant éleveur. La gueule de Jack Palance est vraiment trouvée. Sa silhouette est inoubliable comme ses gants noirs, sa parole rare, ses gestes déliés et précis. C’est un rôle facile mais marquant. Il a fait école.
L’enfant a une tête de mutant (Il doit avoir mon âge aujourd’hui !) Alan Ladd reste bien propre. Son costume d’apparat est un peu ridicule.
Pour une fois, Ben Johnson, habitué des rôles de gentil chez John Ford, joue le rôle d’un méchant, mais il se rattrape vers la fin.
Ce pauvre Elisha Cook, monté sur son tout petit cheval, va encore Continuer la lecture de Journal intime – 5 décembre 2012

Proust et la guerre

Dans cet extrait de La Recherche du Temps perdu (Le Temps retrouvé – Chapitre 2 – M.de Charlus pendant la guerre ; ses opinions, ses plaisirs), le Narrateur se souvient de ses conversations avec Saint-Loup lorsqu’il était venu lui rendre visite avant 1914 dans sa garnison de Doncières. A présent, la guerre est en cours et le Narrateur rencontre à nouveau Saint-Loup qui est en permission à Paris.

(…) Je demandai à Saint-Loup si cette guerre avait confirmé ce que nous disions des guerres passées à Doncières. Je lui rappelai des propos que lui-même avait oubliés, par exemple sur les pastiches des batailles par les généraux à venir. « La feinte, lui disais-je, n’est plus guère possible dans ces opérations qu’on prépare d’avance avec de telles accumulations d’artillerie. Et ce que tu m’as dit depuis sur les reconnaissances par les avions, qu’évidemment tu ne pouvais pas prévoir, empêche l’emploi des ruses napoléoniennes. – Comme tu te trompes, me répondit-il, cette guerre, évidemment, est nouvelle par rapport aux autres et se compose elle-même de guerres successives, dont la dernière est une innovation par rapport à celle qui l’a précédée. Il faut s’adapter à une formule nouvelle de l’ennemi pour se défendre contre elle, et alors lui-même recommence à innover, mais, comme en toute chose humaine, les vieux trucs prennent toujours. Pas plus tard qu’hier au soir, le plus intelligent des critiques militaires écrivait : « Quand les Allemands ont voulu délivrer la Prusse orientale, Continuer la lecture de Proust et la guerre

Les Chinois, c’est des cons !

(Extrait de Suite africaine) 

Antoine était un grand et beau garçon de vingt-cinq ans. Brun aux yeux bleus, il dégageait une sorte de joie de vivre, ou plutôt d’envie de vivre qui me l’avait rendu très vite sympathique. La semaine précédente, alors que nous étions tous les deux à Bobo-Dioulasso, c’est lui qui m’avait décidé à aller passer le week-end à Bamako plutôt que de rester à attendre notre rendez-vous de lundi dans cette petite ville plutôt agréable, mais sans grand intérêt. De Bobo à Bamako, plus de 1200 kilomètres aller et retour dans un bruyant pick-up 404 sur des pistes en latérite sur la plus grande partie du parcours ! Cela signifiait au moins vingt heures de voyage ! Pourtant, il avait réussi à me convaincre et nous étions partis de Bobo-Dioulasso avant le lever du soleil. Rouler de nuit sur ce genre de route n’est pas recommandé. C’est même conduire soi-même qui est déconseillé dans certains coins d’Afrique. Mais nous nous considérions sans doute déjà comme des habitués du pays. Et puis, nous n’avions pas les moyens de faire autrement. Bref, nous étions partis de bonne heure. Continuer la lecture de Les Chinois, c’est des cons !