Carnet d’écriture (25) – Jimini Cricket et Moi

Go West !
Ah ! Go West ! Intéressant, Go West !, probablement le plus personnel de mes écrits. Bien sûr, avant Go West !, j’avais raconté quelques souvenirs personnels, mais c’était seulement dans des textes courts qui recherchaient plutôt l’anecdotique et l’humour que le récit narratif. Bien sûr, dans des textes plus longs, il m’est arrivé de plus ou moins m’investir dans des personnages de fiction. Chacun sait en effet, et surtout depuis que Proust l’a dit, que dans tout personnage de fiction, il y a un peu de son auteur, comme dans Emma Bovary pour Flaubert, ou beaucoup, comme dans le Narrateur de la Recherche pour le petit Marcel. Mais, en ce qui me concerne, je crois plutôt que si, jusqu’à présent, j’avais mis un peu ou beaucoup de moi dans un personnage, c’était à la fois involontaire et inévitable, parce qu’on écrit avec son histoire et avec son âme, mais sans désir conscient de s’exposer, en quelque sorte à l’insu de son plein gré.
Pour Go West !, c’est petit à petit que je me suis investi dans le personnage.

<<>> Petit à petit ? Tu es sûr ? Moi, je crois que c’est d’un seul coup que tu t’y es mis ! Peut-être pas dès le début, mais d’un seul coup. Je suis persuadé qu’un jour, assez tôt dans l’écriture, tu t’es rendu compte que si tu continuais à raconter platement les pauvres aventures de ton voyage américain, tu lasserais vite ton lecteur et que ton récit deviendrait aussi ennuyeux qu’une séance de projection des photos de vacances au Portugal de tes voisins de palier.<<>>

Pourtant, il y avait eu d’abord l’hôtesse des Flying Tiger Lines vite suivie par la gifle de la fille aux bigoudis, et avec ça, j’étais persuadé que j’allais passionner les foules.

<<>> Pas faux ! C’est probablement à ce moment que tu as commencé à intéresser ceux de tes lecteurs qui ne t’avaient pas encore lâché !<<>>

Mais, après avoir écrit ma fuite honteuse à travers la nuit et les moustiques, j’ai posé la plume et me suis mis à réfléchir. À quelques pages à peine du début de mon livre, je venais de bâcler le récit d’un événement que je considérais comme l’un des points culminants de mon aventure. Bien sûr, il m’en restait trois au quatre autres intéressants, mais si je les racontais de façon factuelle, froide, extérieure comme je venais de le faire pour l’histoire du motel, Go West ! serait aussi passionnant à lire qu’un acte de notaire. Ne serait-ce que pour mon propre plaisir, celui d’écrire, il fallait reprendre tout ça et, tout en conservant la présentation des faits et des lieux, l’étoffer de descriptions plus approfondies de mon état d’esprit devant des situations extraordinaires ou seulement inhabituelles. Il fallait nourrir le texte en intercalant dans le récit des pensées instantanées sur mes craintes et mes espérances, des considérations sociologiques et même morales sur le monde d’où je venais et sur celui que je découvrais, et même des analyses de certains de mes comportements de jeune homme vus par l’homme que j’étais devenu.

<<>> Un peu ambitieux tout ça, tu ne trouves pas ? Décrire de façon lisible le développement des pensées d’un individu devant une nouvelle situation n’est pas chose facile. Identifier et exposer le processus logique qui, à partir de ses réflexions instantanées, de sa culture et de son passé, le conduit à se comporter de telle ou telle manière est encore plus difficile. Pour parvenir à ça dans le cas de Go West !, je vois deux grosses difficultés. Elles tiennent à l’auteur.
La première se situe sur le plan littéraire : dans un livre, la description par le menu du processus de pensée, des atermoiements, des motivations profondes, des prétextes et des tabous d’un personnage est souvent lassante. A l’inverse, elle peut être l’un des points forts du livre, mais pour cela il faut une grande finesse d’analyse et un grand talent d’écrivain pour la coucher sur le papier. Un bon exemple dans ce domaine est bien sûr « À la Recherche du temps perdu ». D’où la première difficulté évoquée plus haut.
La seconde concerne l’auteur lui-même. Pas son talent d’écrivain, mais sa personnalité. Cet auteur est-il prêt à s’exposer ? Est-il prêt à abandonner pudeur et modestie, à livrer ses pensées intimes, à avouer les vrais ressorts de ses actions ? Acceptera-t-il de se montrer tel qu’il a été dans certaines crises, éventuellement mesquin, envieux, lâche ? Accepterais-tu ? J’en doute. <<>>

Il avait un peu raison, Jimini Cricket, mon grillon intérieur, celui qui me dit souvent que je n’y arriverai pas, que je n’aurai pas le temps, pas le talent, pas le courage. Il a de bonnes analyses parfois, Jimini, mais si je l’écoutais tout le temps, je ne ferais jamais rien. Alors, je me suis dit deux choses :

A suivre

En attendant, vous-pouvez cliquer sur le lien ci-dessous :

Go West ! 

Détruire le ciel de Paris serait impardonnable ! (sic)

C’est ce qu’a déclaré Jacques Herzog au Figaro. Jacques Herzog, c’est l’architecte star de la Tour Triangle dont la construction s’achève sur le bord du Périphérique Sud de Paris dans le Parc des Expositions de la Porte des Versailles. `
Rassurez-vous, je ne vais pas revenir sur les conditions pour le moins anormales dans lesquelles Anne Hidalgo a imposé ce projet à un Conseil Municipal qui n’en voulait pas ni sur les conditions suspectes dans lesquelles le marché a été attribué à Unibail qui le voulait trop.
Aujourd’hui, je vais me contenter de réagir à cette déclaration que l’architecte de cette tour infernale a faite au Figaro : « Détruire le ciel de Paris serait impardonnable ! » Comme je ne suis pas abonné au Figaro, je n’ai pas pu prendre connaissance de la suite de l’interview. Peut-être Maitre Jacques a-t-il dit dans la suite : « L’autre jour, et pour la première fois, je me suis rendu sur le chantier de ma tour. J’ai tourné longtemps dans le quartier, dans les rues, sur le périphérique, je suis monté sur des terrasses d’immeubles et dans la Montgolfière du Parc André Citroen, j’ai pris un bateau-mouche, j’ai fait un tour d’hélicoptère, je suis monté au Sacré-Cœur, à la Tour Eiffel, sur les tours de Notre-Dame, sur le dôme du Panthéon, bref, et partout, j’ai essayé de trouver un point de vue, une perspective qui soit favorable à ma tour. Je n’ai Continuer la lecture de Détruire le ciel de Paris serait impardonnable ! (sic)

Le Cujas, enfin !

Ça y est ! C’est fait ! « Histoire de Dashiell Stiller » n’existe plus ! Disparue, l’Histoire ! Introuvable ! Passée au rang de collector, l’édition de 2023…  Vous voyez que vous aviez bien fait de l’acheter !

Mais ça aussi, ça y est ! Ça aussi, c’est fait ! Une nouvelle édition de ce roman épique et cosmopolite vient de paraître. C’est l’édition 2026, corrigée, augmentée, reformatée et rebaptisée  que vous pouvez acheter dès à présent sur Amazon. Sa couverture, la fameuse photographie, n’a pas changé, mais son titre, oui. Son nouveau titre, Le Cujas, c’est le titre mystérieux (pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds au Quartier Latin), le titre à l’étrange sonorité, ce mot qui commence  drôlement et qui finit grassement, qui ne laisse rien présager de la nature du livre… Le Cujas, c’est aussi le titre d’origine, celui de la publication en un feuilleton de 87 épisodes dans le Journal des Coutheillas, le titre qu’un auteur inexpérimenté et influencé par la mode a décidé au dernier moment de changer en « Histoire de Dashiell Stiller », titre banal et transparent.

Le Cujas, c’est le café où j’allais jouer au flipper pendant les cours de philo que François Châtelet Continuer la lecture de Le Cujas, enfin !

En descendant au fleuve

Alors voilà.

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres.  Encore un ! D’abord, c’était le troisième jour de la première canicule printanière. Vers quatre heures du matin, il ne faisait plus que 26° C dedans et 22 dehors. Le temps que je me sorte de ma torpeur humide, que je me fasse une tasse de café et que je réfléchisse à l’avenir de l’humanité — et conséquemment au mien — étrangement, la température était montée dehors à 23° et descendue dedans à 25.  Comme on annonçait 33 pour la journée à venir, cette tendance à l’égalisation n’annonçait rien de bon. Il était temps d’agir. Je sortis. Je voulais prendre mon petit-déjeuner à une terrasse, au frais, avant qu’il ne soit trop tard.

Dehors, il est un peu plus de cinq heures. Contrairement aux sornettes de Lanzmann et Dutronc, Paris ne s’est pas éveillé. Quand il fait jour, quand la rue Gay-Lussac est déserte et que le Boulevard Saint-Michel n’est parcouru que par des sacs plastique virevoltants pressés de se rendre au Chatelet, quand les feux de circulation s’obstinent à changer de couleur pour rien, c’est perturbant. On se demande ce qui se passe, on s’attend à tout, à n’importe quoi, la survenance d’un évènement historique tel que l’entrée Continuer la lecture de En descendant au fleuve

The Big Bang Theory

The Big bang Theory est une série télévisée américaine dont les 12 saisons (279 épisodes) ont été diffusées aux USA entre 2007 et 2019 puis en France avec un décalage de quelques années. Cela fait 8 ans que j’ai écrit sa critique et si je la publie à nouveau aujourd’hui, c’est parce que, depuis des mois, TBBT repasse en boucle sur RMC et que cela m’enchante. Un petit morceau de Big Bang chaque soir peut vous faire oublier des tas de choses ennuyeuses, contrariantes ou même inquiétantes.
Ces séries américaines aux incroyables succès, telles que Friends, Seinfeld ou The Big Bang Theory ont ceci en commun que Continuer la lecture de The Big Bang Theory