Pendant un temps, un long temps, c’était je crois avant de découvrir Proust et ses recherches, j’étais obsédé par Jules César. Je fréquentais beaucoup ses écrits, ceux de Suétone et de Jerphagnon à son propos. César était pour moi la personnalité des trente derniers siècles, avec Winston Churchill peut-être, mais pas pour les mêmes raisons. Alors, quand je me suis mis à écrire, j’ai beaucoup écrit sur lui, des parodies, des pastiches, des fictions, des utopies…J’étais, et je le suis toujours, très frustré par la disparition précoce de ce monument historique, assassiné qu’il fût aux Ides de Mars (c’est à dire le 15) de l’année 44 avant J-C. par une bande de sénateurs bedonnants poussant devant eux un homme intègre (selon Shakespeare) et manipulé par un Mélanchon antique (je fais exprès d’écrire son nom avec un A ; il parait que ça le rend furieux). Encore aujourd’hui, je me demande souvent comment Rome et, par voie de conséquence, le monde auraient évolué si César avait échappé à son attentat. Le texte qui suit, théâtral à souhait, n’évoque pas ce qu’aurait pu être cette utopie d’un long
règne apaisé de Jules César. Au contraire, il veut confirmer que cette tragédie romaine est aussi une tragédie grecque, autrement dit que ce qui est écrit est écrit et que l’homme n’échappe pas plus à son destin que les fleuves ne remontent à leur source.
La scène se passe à Rome, dans l’office d’une villa.
Servilius, esclave du propriétaire des lieux, travaille à la présentation de plats somptueux et abondants. Entre Diodiros, également esclave.
Servilius
-Ah ! Salut, Diodiros, je suis bien content de te voir ! Ce matin, il y a du travail. Tu penses, nous recevons à déjeuner douze personnes, et pas des moindres ! Ils sont déjà là, dans l’atrium. Que des sénateurs !
Diodiros
-Non, Servilius, onze sénateurs et un préteur.
Servilius
-Ah, c’est vrai, j’oubliais que ton maître venait d’être nommé à ce haut poste par César lui-même. Toutes mes félicitations, Diodiros. Tu peux être fier, car l’honneur retombe aussi un peu sur toi.
Diodiros
-Dans notre maison, pour les esclaves, il y a bien peu d’honneur et beaucoup de coups… A propos, dis-moi, Servilius, comment est-il, ton maître à toi ?
Servilius
-Comment ça, comment est mon maître ? C’est mon maître, c’est tout. Il est de la famille des Junii. Il est sénateur de la République. C’est un homme important à Rome. Peut être l’un des plus importants… après César bien sûr.
Diodiros
-Non, je veux dire, avec toi, il est comment ? Il est doux, il est généreux ? Ou bien il est injuste, violent, il te bat ? Enfin, comment est-il, quoi ? Continuer la lecture de Aux Ides de Mars →