Trois cafés (9)

(...) Peut-être que le mot « connard » le définirait mieux, mais j’ai pris l’habitude de dire « con », alors « connard », ça me vient pas. Par contre, il est pas bête. Je veux dire qu’il observe les choses, qu’il analyse les gens et que finalement il sait des tas de trucs. Ça l’empêche pas d’agir comme un con, et parfois même, ça l’aide, mais il est pas bête. La preuve, c’est qu’à ce moment, j’avais la nette impression que lui et moi, sur Trois-cafés, on pensait pareil : on savait pas franchement à quoi s’en tenir.

Alors Cottard, tout con qu’il est et sans se lever de sa banquette, il s’est adressé haut et fort à Trois-cafés :

— Alors comme ça, Monsieur serait de la noblesse ? Pas prince, non, mais de la haute quand même. Moi, ça m’intéresserait de savoir à quelle hauteur il est ? Comte, Vicomte, Marquis ? Dites un peu pour voir.

— A quoi cela te servirait-il de le savoir, mon ami, a répondu Trois-cafés très à l’aise. Les titres de noblesse ne peuvent intéresser que ceux qui en portent. En conséquence, je doute fort que les miens puissent te passionner.

Et vlan pour le con de Cottard ! Mais l’autre a continué sur sa lancée :

— D’ailleurs, Prince, Duc, Marquis, quelle importance ? C’est l’homme qui compte, pas le titre. La vraie noblesse est dans le cœur, pas dans les armoiries. C’est ce que mon père, Dieu ait son âme, m’a appris. Je ne répondrai donc pas à ta question, que d’aucuns d’ailleurs pourraient trouver inconvenante.

— Hé là, hé là, doucement les basses ! Qu’est-ce que c’est que ces manières de traiter les gens, de les prendre de haut, de les tutoyer ? Qu’est-ce qui vous dit que moi aussi je ne suis pas de la haute ?

— Devine !

Cottard n’avait pas saisi la vacherie, et il cherchait, ce con :

— Ben, je vois pas…

— Bravo, c’était la bonne réponse : tu ne vois pas. Maintenant, bonhomme, si je t’ai froissé avec mon tutoiement, je te prie de m’excuser. Il n’est pas le moins du monde une marque de mépris, car je considère que tous les hommes sont égaux, et cela, devant moi comme devant Dieu. Il s’agit bien plutôt d’une forme de politesse. C’est par politesse que je vouvoie les femmes, les étrangers et les membres de la noblesse. C’est comme cela que j’ai été élevé. C’est pour les mêmes raisons que je dis tu à Dieu et aux hommes du peuple et, comme disait Prévert à Barbara, je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les connais pas. Tu vois que tu es en bonne compagnie.

— Mouais, bon, d’accord. M’embrouille pas, hein ! Mais alors, comment on doit t’appeler, alors, si on sait pas le rang ? Monsieur ?

Monsieur ira très bien. Ou alors Stanislav.

— Stanislas ?

— Non, Stanislav, avec un V. Mon père aimait beaucoup la grande et sainte Russie. Que Dieu la protège !

— Bon ! OK pour Stanislav avec un V. Est-ce qu’on peut savoir ce que tu fais dans la vie ?

— Dis-moi, mon ami. On va vite en besogne par ici ! On ne s’embarrasse pas de préliminaires. Tout de suite, c’est « et comment tu t’appelles, et qu’est-ce que tu fais comme métier, et où habites-tu ?… ». Je pourrais te dire que cela ne te regarde pas, pourtant je ne le dirai pas. A la place, je te dirai que, si j’accepte que tu m’appelles par mon prénom chrétien, j’ai du mal à accepter ton tutoiement. J’aime ton mépris républicain des barrières sociales, j’apprécie ton abrupte franchise qui préside aux camaraderies naissantes et qui forge les belles amitiés, mais il y a des limites.

— Alors ?

— Alors, tu continues à m’appeler Stanislav et tu me dis Vous ! C’est tout.

— Non, je voulais dire : Alors, qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

— Des affaires.

— Voyez-vous ça… Et quel genre d’affaires ? On peut savoir ?

— Des affaires… des affaires de toutes sortes, mais essentiellement des affaires confidentielles. Tu comprendras certainement sûrement que je ne puisse en dire davantage. Mais assez parlé de moi. Parlons de toi à présent si tu veux bien. Que fais-tu dans la vie, mon ami ?

J’ai vu Cottard se rengorger en déclarant, faussement modeste :

— Je suis Contrôleur Général Adjoint des Poids et Mesures à la Mairie de Paris.

— Fichtre ! dit Trois-cafés d’un ton admiratif. Contrôleur Général ! Ça n’est pas rien, ça !

A SUIVRE

ET DEMAIN :
New York’s my home…

Les jeux de l’été : Quizz 1

Quel est le nom du héros de l’Attrape-coeur ?

A-Rodrigo Tortilla
B-William Holden
C-Holden Caulfield

*

Quel est le prénom du Professeur Tournesol ?

A-Tryphon
B-Trirème
C-Pierre-Alexandre

*

Quel est le titre du dernier livre de Coutheillas ?

A-Go jump in the lake !
B-Go fuck yourself !
C-Go West !

*

Quel est le titre du journal qui emploie Spirou ? Continuer la lecture de Les jeux de l’été : Quizz 1

GO WEST ! Achetez le donc une fois pour toutes…

 …et qu’on n’en parle plus !

Si vous avez déjà lu Go West ! , vous n’avez rien d’autre à faire que d’en parler à vos amis et à vos ennemis, surtout s’ils sont plus nombreux. Vous pourrez également déposer sur le site d’Amazon un avis sincère mais élogieux.

Si vous n’avez pas encore lu Go West !, dépêchez-vous de le faire avant la rentrée, sinon vous ne serez pas en mesure de briller en société en répondant aux questions existentielles suivantes, ce qui serait quand même gênant : 

    • Existait-il des couchettes à la place des racks à bagages dans les avions de la Flying Tiger Line ? 
    • La fille du Cove Creek Motor Inn a-t-elle réellement frappé la première ? 
    • A-t-elle porté plainte, et si oui, qu’a fait la police ? 
    • Voyager aux USA à l’arrière d’un autocar Greyhound était-il passible d’une simple amende ou d’une peine de prison ? 
    • Le Grand Canyon est-il si grand que ça, ou est-ce une exagération de plus du Narrateur ? 
    • Pourquoi les conducteurs d’autocars en Amérique se déguisent-ils en commandants de Boeing 707 ?
    • Qu’est-ce que J. Edgar Hoover Continuer la lecture de GO WEST ! Achetez le donc une fois pour toutes…

Trois cafés (8)

(…) Maintenant, elle avait l’air de regretter amèrement de n’avoir pas connu Albane, Madame Françoise. Ça avait mis fin à une conversation qui commençait si bien ! Alors elle a tenté un « mais qu’est-ce qui lui est arrivé à cette pauvre demoiselle ? », mais ça n’a pas marché.
— Eh bien, voyez-vous…, a commencé Trois-cafés, ce qui a rempli d’espoir Madame Françoise en même temps que le reste de l’assistance. Mais il s’est ravisé aussitôt :
— Non, je ne peux pas… C’est trop douloureux…
Trois-cafés a avalé d’un coup son deuxième café et s’est plongé dans la contemplation de la Cimbali M-2000.

Pendant ce temps, Georges essuyait le zinc autour des trois tasses avec insistance, Madame Françoise qui s’était levée s’approchait de Trois-cafés avec hésitation, Dumoulot observait la scène d’un œil rond (on aurait dit une poule qu’aurait trouvé un couteau), ce con de Cottard regardait la télévision et moi, je regardais tout le monde. La tension était à son maximum. Qu’est-ce qu’il avait voulu dire avec son « elle a pas eu de chance dans la vie, Albane de Lavérendières » ? Comme c’était parti, moi j’étais persuadé qu’il allait nous sortir un truc genre « elle est tombée de cheval pendant une chasse à courre, du coup elle est restée paralysée » ou « elle a eu un enfant d’un vendeur de voitures à la sauvette, alors maintenant elle fait des ménages » ou « elle a péri dans l’incendie du château familial » ou « elle a rencontré un Argentin et depuis, elle fait le trottoir à Montevideo ? » Mais il disait rien, Trois-cafés, perdu dans ses pensées. Le silence était intenable, et c’est Georges qu’a craqué en premier : Continuer la lecture de Trois cafés (8)

Ne jamais dire fontaine

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FONTAINE DE JOUVENCE

La fontaine Carpeaux…
C’est ici que je veux mourir,
Sur un banc raide et vert, le dos au soleil, les pieds à l’ombre,
Entre le bruit de l’eau et celui de l’autobus 38.
Il sera presque midi, il fera frais, il fera beau,
De petites bourrasques apporteront des poussières de conversation.
J’aurai les yeux fixés sur le corps vert de l’Europe.
Ce sera l’heure où seuls le sein droit et l’arrondi de la hanche seront éclairés par le soleil.
Trois étrangers passeront lentement, regardant les corps luisants des hippocampes.
Ce sera l’heure où les enfants de la rue d’Assas traversent le square en traînant des pieds pour faire lever la poussière.
Le plus brave, monté sur la margelle, fera l’avion qui décolle en écartant les bras.
Je m’allongerai sur le banc raide et vert et fermerai les yeux.

Le Masque, c’est fini

Je ne dirai pas que Le Masque et la Plume a formé mon goût du cinéma. ( À propos, faut-il écrire « a formé » ou « ont formé » ? On s’en fout ? Ah bon ! ) Je ne le dirai pas car ce goût était né dès ma douzième ou treizième année. Le Masque, car c’est comme cela que je vais le désigner dans la suite pour nous gagner du temps à tous, Le Masque, donc, a été créé en 1955, mais je ne l’ai découvert qu’un ou deux ans plus tard. J’ai déjà raconté, je crois, les circonstances dans lesquelles je l’écoutais à ses débuts. Je dis « je crois », mais je suis loin d’en être certain, ma mémoire me faisant défaut de plus en plus comme j’ai eu l’occasion de vous le dire, et cela plusieurs fois, j’en suis sûr. Mais si je dis « je crois », c’est aussi pour m’excuser par avance Continuer la lecture de Le Masque, c’est fini

J’écris des mots

J’écris des mots. Ça fait maintenant dix-sept ans que j’écris des mots, régulièrement, tout le temps, partout, le matin dans les cafés, l’après-midi dans les jardins, le soir chez moi… J’écris des petites chroniques d’humeur, des critiques de cinéma, de théâtre et de littérature ; j’écris des histoires courtes, quelques pages, des nouvelles, un peu plus longues, et même des romans, trois courts et deux de bonne longueur. J’ai même deux longs inachevés dans mes tiroirs. Depuis treize ans, je fais paraître tous ces écrits sous forme de feuilleton dans ce blog, Le Journal des Coutheillas.  Ensuite, ils paraissent en livre broché et en format Kindle chez Amazon. Pour y accéder, tapez seulement « Philippe Coutheillas » dans la case « recherche » d’Amazon.fr

Blind dinner
Un « Blind dinner », c’est un dîner un peu particulier dans lequel les invités ne se connaissent pas. Dans les beaux quartiers, c’est très à la mode. Renée, la maitresse de maison, trouve cela très chic et parfois follement drôle.  Mais ce soir là, quand on a commencé à parler d’un mystérieux virus venant de Chine, le diner a vite tourné au vinaigre.

LA MITRO et autres drôles d’histoires
C’est un recueil de nouvelles qui porte le titre de la première d’entre elles. Assez inspirée par Marcel Pagnol, il faut la lire avec l’accent. Les autres nouvelles revisitent aussi bien l’assassinat de Jules César que les jeux télévisés, les petits meurtres sans importance, l’effet papillon ou la manière d’accéder au Paradis.

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Trois cafés (7)

(…) Moi, je voyais bien que la pauvre Françoise nageait complètement, qu’elle n’avait jamais entendu parler du Grand Chancelier et encore moins de Robert de Colmont. Mais l’autre, là, Trois-cafés, non, il voyait pas. Alors, il insistait :
— Un grand garçon, brun, dégingandé, un peu comme moi…, mais l’air peu aimable, je dois dire…

Madame Françoise, c’est un peu le Pic de la Mirandole ou, si vous savez pas qui c’est, le Maitre Capello de notre petit groupe. Forcément, à force de vendre des journaux et des magazines, elle avait fini par en lire quelques-uns et par apprendre des trucs. Par exemple, un jour, elle m’avait sorti que Louis 18 était pas le fils de Louis 17, mais que c’était son oncle. J’étais pas bouleversé d’apprendre ça, mais j’étais content quand même parce que, pour moi, le décompte des Louis s’était arrêté à 16. Ça n’empêchait pas que je me demandais à quoi ça pourrait bien me servir, vu que j’avais rien demandé. Parait que c’est ça la culture, savoir des trucs qui servent à rien ni à personne mais qui impressionnent les gens. Mais à force de culture, Madame Françoise, elle était devenue un peu snob, forcément, alors maintenant, en face d’un presque-prince, elle voulait pas passer pour une ploucque. Et surtout que la conversation continue. Il fallait qu’elle trouve quelque chose, n’importe quoi. Alors, au hasard, elle a dit :

— Il portait pas la moustache, par hasard ?

— Mais si, bien sûr, a répondu Trois-cafés, enthousiaste.

Un vrai coup de pot quand même, non ? Et le voilà tout content en train de préciser :

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